Rencontre avec Virginie Bégaudeau

Rencontre avec Virginie Bégaudeau

Nous avons rencontré Virginie Bégaudeau lors du Salon du livre de Paris en mars dernier. Elle nous a raconté la naissance de son nouveau livre, son choix décomplexé pour l’auto-édition et livré de nombreux conseils pour les auteurs débutants. Bonne lecture !

Portraits | Noémie Machner

Virginie, expliquez-nous comment est née l’idée d’écrire Laudanum ?

Chaque nouveau roman est une aventure dont on ne connaît pas l’importance. Laudanum, c’est une histoire assez déroutante, tant par son élaboration que par son contenu. J’ai toujours voulu travailler sur la psychiatrie, même si ici ce ne sont que les balbutiements. Mêler fiction et réalité, ça m’a demandé un travail colossal de recherches. Je n’ai pas eu peur et malgré des moments difficiles, je suis très heureuse de le voir abouti.
Mais surtout, Laudanum, c’est un roman pour ma sœur qui rêvait de lire une histoire peu conventionnelle sur un sujet aussi noir que la folie au début du XXe et qui cherchait un héros particulier.
Certains me disent que je devrais écrire des livres plus optimistes, moins sérieux ou qui se terminent mieux. Je leur réponds qu’un roman se finit tout seul, que l’auteur est l’esclave de son inspiration et de ses personnages.

Combien de temps a pris la rédaction de votre livre ? Avez-vous des horaires ou des lieux préférés pour l’écriture ?

Laudanum m’a pris plus de temps que tous mes autres romans. Je ne peux pas parler de pure rédaction car mes recherches sont faites en parallèle, rarement en amont. Si je dois parler en mois, je dirais une vingtaine. Il y a aussi eu des semaines sans écriture.
Avant, j’écrivais de nuit, ce qui est le plus commode pour les écrivains, je crois. Maintenant avec les impératifs de la réalité, je travaille en fin de journée et les week-ends. Je n’ai pas de lieux privilégiés. J’aime Paris, j’aime la relecture de manuscrits dans les parcs que j’ai la chance d’avoir tout à côté de chez moi, mais la plupart du temps j’adore travailler en pyjama dans mon bureau avec une tasse de chocolat à portée de main.

Comment faites-vous connaître votre livre ? Comment organisez-vous la promotion ?

Je ne suis pas une commerciale, je ne suis pas une attachée de presse, je suis seulement une auteure passionnée et persévérante. Je n’ai pas suivi la moindre formation mais je suis extrêmement bien entourée. Si je peux parler de petite notoriété aujourd’hui, c’est surtout grâce à mon livre Adieu, Blanche-Neige ! qui a été en sélection officielle pour un prix national. Mais je me suis débrouillée pour démarcher journalistes, chroniqueurs, critiques… C’est un travail quotidien et il faut aller vers les libraires qui sont les premiers acteurs de l’édition. J’ai créé mon réseau à mesure des publications et mon public m’a suivie, ce qui m’a aussi permis de trouver de nouveaux lecteurs.

Bild

L'auteur

Virginie Bégaudeau a 25 ans et vit en région parisienne. Originaire de Saintes en Charente-Maritime, elle commence à écrire très jeune. Premier roman à 14 ans, auto-éditée à 18 ans, elle n'a jamais cessé d'écrire et de rencontrer ses lecteurs depuis. Fervente admiratrice de fresques historiques, de peinture et de musique, elle recherche beaucoup de domaines d’inspiration. Elle travaille souvent en collaboration avec des nombreux artistes tels que des cinéastes, des illustrateurs, des photographes ou des metteurs en scène.

Retrouvez l'auteur sur sa page Facebook.

Néanmoins, je suis ravie de travailler dans d’autres milieux que celui de la littérature car le monde de la grande édition est relativement inaccessible si vous ne faites pas partie des « têtes d’affiche » qui vendent 150 000 exemplaires par an. Et ce n’est évidemment pas mon cas ! Je trouve que faire fructifier ses contacts, en découvrir et se lancer dans le quotidien de l’auteur à multiples casquettes, c’est plus qu’enrichissant. On peut ainsi éviter les arnaques, on a l’avantage de connaître le fonctionnement et l’acheminement d’un livre, de son édition à sa publication, en passant par sa diffusion. C’est un contact privilégié que j’ai le plaisir d’entretenir avec mes lecteurs ou avec des professionnels du livre qui sont tout aussi passionnés.
J’essaye d’organiser un maximum de séances de dédicaces. J’assure une présence dans les salons et j’envoie des tonnes de mails pour obtenir des chroniques ! Il ne faut pas négliger une opportunité sous prétexte que ce n’est pas Le Monde ou que nous ne sommes pas assez connus pour oser. Je glane aussi beaucoup d’informations autour de moi. Avec Internet et tous ces outils de communication, il y a un réel potentiel pour les auteurs.
Car un auteur qui veut promouvoir son livre doit être courageux et ne jamais prendre peur face au gigantesque obstacle qui est sa place. Un refus n’est qu’un refus, et une victoire est d’autant plus appréciée par la suite.
Par exemple, je travaille avec un jeune réalisateur qui m’aide à trouver d’autres alternatives pour faire connaître mon roman. Une bande-annonce a d’ailleurs été réalisée à la sortie de Laudanum !
Pour vendre son livre, il faut être vu et pour être vu, il ne faut pas être timide ! Mais attention à garder le contrôle de son image et à ne pas être estampillé « fourre-tout ».

Laudanum

Pourquoi avoir choisi l’auto-édition pour la publication de ce livre ?

Le concept d’auto-édition me perturbe beaucoup car il est assez ambivalent d’un pays à l’autre, d’une maison à l’autre. Aujourd’hui, nous nous retrouvons confrontés à des « éditions » en tous genres au point où les auteurs s’y perdent. Je préfère parler d’édition alternative dans le cas de Laudanum car, comme dans bien des structures, il est distribué avec un ISBN, il y a un réel suivi de la part de BoD, une interface humaine… Après plusieurs déconvenues avec des « éditeurs », j’ai choisi d’essayer avec BoD… Pour le moment, c’est un pari réussi.
Mais quand je parle d’auto-édition, je pense à mon premier roman que je déposais en librairie et qui n’avait aucun référencement. Aujourd’hui, c’est bien différent et je pense qu’il serait aussi juste d’appeler cela de l’édition à la demande que de l’auto-édition à proprement parler.

Ses cinq conseils aux débutants

1. Soyez audacieux ! Rencontrez du monde, liez-vous sur les réseaux, participez à tout ce qui vous est possible pour parler de votre roman. N’hésitez pas à entretenir vos contacts qui deviendront de précieux atouts aux moments les plus opportuns. Allez explorer de nouvelles idées pour vos ouvrages : ebook, audiobook, bande-annonce… Sachez que chaque nouvelle personne rencontrée est importante !

2. Soyez persévérant ! Pour ceux qui veulent trouver une grande maison d’édition, sachez qu’Autant en emporte le vent a été refusé des dizaines de fois et qu’Harry Potter a essuyé près de 50 refus… Mais il ne faut jamais laisser tomber son ouvrage, même si la place est chère, même si ça demande plus d’efforts que de récompenses. C’est une carrière qui se construit chaque jour et vous en êtes responsable. Vous serez bien étonné de constater à quel point vous avez avancé d’ici quelques années.

3. Soyez humble ! Il n’y a rien de plus agréable pour un libraire que de rencontrer un jeune auteur – jeune dans le métier – qui essaye de se faire une place, mais qui ne survend ni son œuvre ni son parcours. C’est important de se vendre, il ne faut pas inspirer de compassion ou tomber dans la pseudo dépression sur Facebook par exemple, mais il y a une limite à la prétention. Soyez ouvert à la critique des lecteurs, soyez conscient que votre approche vous représentera tout au long de votre parcours et qu’il est plus facile de se rappeler de vous si vous avez laissé une bonne impression !

4. Soyez combatif ! Rien ne doit vous arrêter dans la charge de travail que vous aurez à fournir pour la promotion de votre livre. Aucun obstacle n’entravera votre enthousiasme ou votre capacité à dénicher un peu de publicité.

5. Soyez passionné par ce que vous écrivez ! Vous serez capable de le vendre par la suite. Ecrivez ce qui vous plaît, n’écrivez pas pour les autres ou en imaginant que vous serez publié par telle ou telle édition. Un passionné peut être admiré ou moqué pour sa dévotion à la littérature, mais il est authentique, et c’est ça qui fait de vous un écrivain !

  1. STACHOWSKI Katia le 08.06.2016, 14:12 :

    Je connais Virginie, c’est une auteure très talentueuse, le travail pour écrire un livre est titanesque …..C’est une personne humble, et très généreuse, je suis ravie qu’elle fasse partie de ma vie, ce fût une très belle rencontre…Elle mérite vraiment d’être reconnue dans son métier.

Écrire un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>